Interview: Nathalie de ByNight Dyes

Petite nouveauté de fin d’année: les interviews de l’atelier! 

On commence aujourd’hui avec Nathalie de ByNight. Nathalie teint ses laines à la main, de façon tout-à-fait naturelle: pétales de fleurs, pelures d’oignon, cochenille…Ses laines sont vraiment particulières, les couleurs qu’elle obtient sont juste incroyables. Vous la croiserez sur un des nombreux marchés de créateurs auxquels elle participe, accompagnée de ses jolis doudous que l’on reconnaît entre mille … car oui, Nathalie est aussi douée pour la teinture que pour le tricot.

Je la suis depuis une bonne dizaine d’années et ne l’avait encore jamais rencontrée… c’est chose faite depuis le week-edn dernier et j’ai tellement apprécié que je retourne la voir ce week-end aux Chemins de Création à l’Abbaye Saint-Denis.

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Le tricot. Pourquoi ? Comment as-tu commencé ?

J’ai appris le tricot en primaire. Nous avions dû faire un bonnet pour partir en classe neige. Il était 8x trop grand pour moi mais j’avais adoré. Du coup, en tout simplicité, j’ai voulu faire un pull. Ma grand-mère et moi sommes allées acheter la laine. J’ai tricoté 10cm du dos. Elle a fait tout le reste et je n’ai plus touché d’aiguilles jusqu’en 2010. En 2010, j’avais un blog couture et je suivais de nombreux autres blogs… sur lesquels j’ai découvert des châles merveilleux, des pulls et cardigans incroyables. J’ai été m’acheter une paire d’aiguilles, j’ai fouillé dans les caisses de laine de ma grand-mère alors stockées dans le grenier de mes parents et j’ai fait un châle sur base d’un modèle gratuit trouvé sur internet. Il est minuscule et plein d’erreurs mais j’ai attrapé le virus et n’ai plus lâché mes aiguilles ensuite.

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Qu’est-ce que t’apporte le tricot ?

Le tricot m’apporte principalement 2 choses. et la première va peut-être sembler bizarre… Tricoter m’oblige à me poser, à m’asseoir, à me détendre, à m’arrêter. J’ai toujours eu la sensation que si je ne fais rien, je perds mon temps. Du coup, il y a quelques années, j’ai frisé le burn-out. Mon médecin s’en est aperçu et j’ai été arrêtée un mois. Un mois pendant lequel je n’ai fait que dormir. Dormir et tricoter. J’ai compris que tricoter m’apaisait et j’y vois presque un aspect thérapeutique.

Ensuite, je suis quelqu’un d’extrèmement curieux et j’ai en permanence envie d’apprendre, de découvrir. Quand un modèle me plait, j’ai besoin de savoir comment il se construit, comment l’éventuelle dentelle ou motif se créée, etc… En tricot, tellement de choses sont possibles. Du montage des mailles à la dernière couture finale en passant par l’éventuelle dentelle et la construction finale du projet, il y a tellement de techniques et de manières de faire à explorer, tellement de résultats possibles que je n’ai pas fini d’apprendre 😉

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Que pense ton entourage de ta passion ?

Mon mari m’encourage. Quand je commence un nouveau projet, il veut savoir de quoi il s’agit, d’où vient la laine. Ses fils aussi me demandent régulièrement ce que je suis en train de faire. Pour tout dire, je dois même avouer qu’ils sont super tolérants et patients avec moi. La maison est légèrement envahie… La machine à coudre dans la salle à manger, les tissus dans la chambre, mon stock de laine et mes multiples projets en cours dans le salon, les casseroles de teinture dans la cuisine, les plantes qui sèchent à gauche et à droite et cette odeur très peu subtile de laine mouillée quand je fais mes teintures 😉
Quant à mes amis et mes collègues, ils savent que je couds et tricote. Ils savent aussi que, en général, les vêtements que je porte sont faits-maison mais ils ne font pas spécialement de commentaires. Ou alors, pas quand je suis là 🙂

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Comment as-tu eu l’idée/l’envie de teindre de la laine?

A nouveau, j’ai commencé par curiosité. L’idée m’intriguait. J’avais rencontré, lors d’un marché artisanal, un dame qui créait des vêtements essentiellement en laines qu’elle avait teint avec des plantes et des insectes et j’avais trouvé la douceur des couleurs complètement fascinantes. Comme elle vendait des écheveaux, j’en ai évidement acheté et, tout en les transformant en gilet (Hitofude pour celles qui connaissent ce superbe patron), j’ai commencé à me renseigner. D’abord, sur internet et puis, dans des bouquins spécialisés. J’ai donc décidé de tenter l’aventure, tout simplement d’abord avec une recette que tout le monde peut tenter chez soi puisqu’elle ne nécessite aucune préparation: j’ai teint 3 écheveaux avec des pelures d’oignon. C’était il y a près de 3 ans et depuis, je n’arrive plus à m’arrêter… La teinture végétale est fascinante et les possibilités sont infinies…

Le résultat en teinture végétale dépend d’énormément de paramètres: le type de laine, l’espèce et l’âge du mouton, le PH de l’eau, la température de cuisson, la date de cuillette de la plante, entre autres… Elle est également – et forcément – directement connectée à la nature et aux saisons et a complètement changé ma façon de regarder mon jardin ou les bois et champs qui m’entourent. J’aime son côté aléatoire. Oui, à priori, quand on lance un bain de teinture, on sait vers quelle gamme de couleur on se dirige mais parce que tous ces paramètres rentrent en compte et, à moins d’avoir un labo de chimiste, le résultat final n’est jamais garanti à l’identique. Et j’adore ça.

De plus, les couleurs obtenues sont passionnantes. Elles varient énormément en fonction de la luminosité ou du type de lumière (artificielle ou naturelle). Ce sont souvent des tons légèrement entre 2. Ni tout à fait beige, ni franchement vert ou juste légèrement rosé. Ce sont des couleurs vivantes qui, tricotées, se révèlent encore plus et qui s’associent merveilleusement bien les unes avec les autres.

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Tu nous en dis un peu plus sur tes teintures?

Parce que la teinture végétale est légèrement aléatoire, je travaille donc toujours par lots assez limités. Je prévois toujours assez de laine d’un même bain pour réaliser un projet et j’utilise tout aussi bien des plantes de chez nous, de mon jardin ou ramenées de balades ou d’escapades que des plantes plus exotiques que j’achète alors dans des commerces spécialisés. De même, je tiens à savoir d’où viens la laine vierge que j’utilise et suis en permanence en recherche de nouveaux contacts, de nouveaux fils à expérimenter.

Mon travail et mes fils s’adressent donc surtout à des tricoteuses curieuses qui aiment l’idée d’avoir un fil unique qui a une histoire

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Quelles sont tes autres activités créatives ?

Elles sont multiples… je suis complètement dispersée 😉

Je couds énormément depuis plus de 10 ans. Je couds mes vêtements, les chemises de mon mari, les cadeaux pour les amies, la famille, etc… J’ai toujours, près de la machine à coudre, une pile de patrons et tissus prêts à être transformés en vêtement. Je couds aussi de façon plus créative de nombreux accessoires pour maman et les touts-petits puisque depuis 5 ans, je parcours la Wallonie et Bruxelles sur des marchés de créateurs et artisanaux. Dans ce cadre, je crée mes modèles, mes patrons et je réalise tout de A à Z, qu’ils s’agisse de doudous, sacs, bavoirs, attache-tétines, sacs à pyjama, trousses, mitaines, etc…

Depuis toute petite, j’ai toujours énormément dessiné. Et la couture a peu à peu pris le relais comme moyen d’exprimer ma créativité.Je crochète aussi pas mal.

Où peut-on acheter tes laines?

D’abord en ligne, sur ma boutique: bynight.tictail.com mais, surtout, si on veut la voir en vrai, lors des nombreux marchés artisanaux et de créateurs auxquels je participe tout au long de l’année. Pour être informé des rendez-vous futurs et de toutes les nouveautés – laineuses ou couturesque, le plus simple est de me rejoindre sur facebook.com/ByNightCreations. Pour les plus averties, j’ai également créé un groupe Ravelry dédié à mes teintures: http://www.ravelry.com/groups/bynight-dyes.

 

sdr

Merci Nathalie!

 

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